C’est l’une des réalités les plus cruelles de la transition IA : des salariés sont chargés de former les systèmes qui automatiseront leurs propres postes. Documentalistes, traducteurs, agents de support client, analystes — des dizaines de milliers de travailleurs vivent cette expérience dans un silence souvent imposé par des clauses de confidentialité.
- Le phénomène de la "transition assistée"
- Témoignages
- Les secteurs les plus touchés
- Le cadre juridique
- Les alternatives possibles
- Questions fréquentes
- Les salariés peuvent-ils refuser de former une IA qui pourrait les remplacer ?
- Quels recours existent pour les salariés licenciés après avoir formé l’IA ?
- Des entreprises pratiquent-elles une transition IA éthique ?
- Sources
Le phénomène de la « transition assistée »
Le processus est devenu un schéma récurrent. L’entreprise annonce l’adoption d’un outil IA pour « assister » les équipes. Les salariés sont invités à documenter leurs processus, à annoter des exemples de leur travail et à évaluer les réponses de l’IA pour l’améliorer. Quelques mois plus tard, les effectifs sont réduits — l’IA, formée par ceux-là mêmes qu’elle remplace, fait désormais le travail.
Témoignages
Les témoignages recueillis par la presse spécialisée, notamment Wired, The Guardian et Le Monde, dessinent un tableau sombre :
Un ancien traducteur technique dans une grande entreprise industrielle raconte : « On nous a demandé de corriger les traductions de l’IA et de noter la qualité. On savait ce qu’on faisait : on entraînait notre remplacement. Mais le choix était simple : coopérer ou être licencié sans indemnités supplémentaires. »
Une documentaliste juridique dans un cabinet parisien témoigne : « J’ai passé six mois à structurer la base de connaissances pour un chatbot IA. Quand le chatbot a été déployé, mon poste a été supprimé. L’ironie, c’est que le chatbot donne parfois des réponses fausses et qu’il n’y a plus personne pour les corriger. »
Les secteurs les plus touchés
| Secteur | Postes concernés | Niveau de remplacement |
|---|---|---|
| Traduction | Traducteurs techniques | Élevé (50-70 % du volume) |
| Support client | Agents niveau 1 | Très élevé (60-80 %) |
| Juridique | Documentalistes, para-légaux | Modéré (30-50 %) |
| Comptabilité | Saisie, catégorisation | Élevé (60-70 %) |
| Marketing | Rédacteurs SEO, community managers | Modéré à élevé |
Le cadre juridique
En France, le Code du travail impose une obligation de reclassement en cas de licenciement économique. Mais la transition IA est souvent présentée comme une « évolution de poste » plutôt qu’une suppression, ce qui réduit les obligations légales de l’employeur.
Le droit européen n’impose pas explicitement aux entreprises d’informer les salariés que leur travail servira à entraîner une IA qui pourrait les remplacer. Un vide juridique que plusieurs syndicats et associations demandent de combler.
Les alternatives possibles
- Reconversion interne : certaines entreprises forment les salariés dont les postes sont automatisés à de nouveaux rôles (supervision IA, contrôle qualité, gestion de projets).
- Partage de la valeur : si l’IA génère des économies massives, une partie devrait revenir aux travailleurs qui l’ont formée.
- Transparence : informer clairement les salariés de l’objectif du projet IA et de ses conséquences sur l’emploi.
- Transition progressive : planifier la transition sur plusieurs années plutôt que de procéder à des coupes brutales.
Les entreprises devraient-elles être obligées d’informer les salariés quand leur travail sert à entraîner une IA susceptible de les remplacer ?
Questions fréquentes
Les salariés peuvent-ils refuser de former une IA qui pourrait les remplacer ?
En droit français, un salarié peut difficilement refuser une tâche qui entre dans le cadre de sa fiche de poste. L’annotation de données ou la documentation de processus sont généralement présentées comme des évolutions normales du poste. Aucune disposition légale n’impose à l’employeur de préciser que ce travail servira à entraîner une IA.
Quels recours existent pour les salariés licenciés après avoir formé l’IA ?
Si le licenciement est économique, l’employeur doit respecter l’obligation de reclassement prévue par le Code du travail. En pratique, beaucoup d’entreprises contournent cette obligation en qualifiant la suppression de poste d’« évolution ». Les syndicats demandent une législation spécifique pour ces situations.
Des entreprises pratiquent-elles une transition IA éthique ?
Certaines entreprises reconvertissent leurs salariés vers des rôles de supervision, de contrôle qualité ou de gestion de projets IA. D’autres proposent des plans de formation financés. Ces pratiques restent minoritaires : la majorité des transitions se font sans plan d’accompagnement structuré pour les salariés concernés.



